JUILLET 2010 - AUNIS SOIT QUI MAL Y PENSEPar Emmanuel Zanni
C'est l'histoire d'un cépage qui a bien failli tomber dans l'oubli et qu'une poignée de vignerons de la vallée de la Loire réhabilite depuis quelques années. J'ai nommé le pineau d'aunis.
Vous remarquerez l'orthographe qui le distingue définitivement de la famille des pinots (noir, meunier, blanc, etc.). En effet, ce cépage n'a rien à voir avec les pinots de Bourgogne, d'Alsace ou même de Champagne. Le pineau d'aunis serait par contre le plus ancien cépage planté dans la vallée de la Loire, en particulier en Anjou et en Touraine. Il proviendrait d'une sélection effectuée par les moines du prieuré d'Aunis en Saintonge (actuelles Charentes-Maritimes). Les raisons de cet oubli ? Encore très présent dans la Sarthe et dans les Coteaux-du-Loir, il y a une vingtaine d'années, il était cultivé jusqu'à des rendements déraisonnables, ce qui ne rendait guère justice à ses parfums délicats. Mais certains vignerons, qui ont repris des vignes dans le secteur, comme Renaud Guettier du domaine de la Grapperie, les entretiennent avec amour et donnent naissance à des jus sensationnels aux notes de rose et de mûre. Les cuvées de ce dernier, telles Adonis (jeunes aunis) ou même l'Enchanteresse (aunis de 115 ans environ) font ressortir des notes d'épices, mais aussi de terroir (notes calcaires) qui évoquent la ronce et le sous-bois.
Un peu plus au nord avec le domaine Les vignes de l'angevin à Chahaignes, près des coteaux de Jasnières, le dénommé Jean-Pierre Robineau, ancien tenancier du bar à vins l'Ange vins à Paris, dans les années 1990 et vigneron depuis 2001, est capable de donner de très grands aunis, avec des vins aux notes intenses de fruits des bois et de poivre. Sa cuvée Nocturne, en particulier, est une ôde au pineau d'aunis, à la longueur en bouche stupéfiante.
L'adorable Emile Hérédia, élabore en Vendômois au domaine de Montrieux une cuvée baptisée Le Verre des poètes, issue d'aunis pré-phylloxériques ! Pensez, ces ceps – là ont résisté à tous les aléas de la vigne et des hommes depuis 120 ans ! Ce miracle de la nature, se retrouve dans le verre avec sur le millésime 2006 (en rupture de stock), la sensation d'un vin brut de terroir, épicé et fruité, avec beaucoup de gaieté. Non loin de là, au domaine Colin est élaboré depuis 2006 une cuvée baptisée Très très vieilles vignes, de toute beauté, avec un velouté remarquable. Un aunis, tout en jus, plus civilisé que ceux cités précédemment vinifié par notre ami Jean-Armand Bloc.
En Anjou, au domaine des Griottes, c'est un plaisir de retrouver chaque année, une cuvée fortement influencée par ce cépage, j'ai nommé la P'tite gâterie, toujours délicieusement poivrée. Le tonitruant Thierry Puzelat, produisait un Touraine 100% aunis (cuvée la Tesnière), qu'il achetait au vertueux Michel Augé des Maisons brûlées. Ce dernier l'incorpore désormais, dans son Herdeleau 2008, en compagnie des habituels pinot noir et gamay du village de Pouillé. Le vin s'en trouve rasséréné, plus complet, très parfumé avec de délicieuses notes de kirsch et de moulin à poivre.
Enfin citons, pour mémoire (car il faudra attendre le printemps prochain pour s'en procurer), le délicieux VDT pur aunis 2008 de Pascal Simonutti au domaine la Galettière à Mesland, qui produit peut-être le plus émouvant aunis qui soit, d'une légèreté et d'une souplesse sans pareille.
Que ceux qui trouvent que les vins rouges de Loire ne sont guère intéressants révisent leur jugement avec un verre de pineau d'aunis. Penser que François Rabelais a dû fréquenter ce cépage avec assiduité, devrait achever de les convaincre. Et « Beuvez frais si faire se peut » ! |